Félix EBOUE

Posté le 25 juillet 2010 par Maxime HOUMAIN dans Non classé

Félix Éboué

Adolphe Sylvestre Félix Eboué ( né le 26 décembre 1884 à Cayenne, Guyane française, décédé le 17 mai 1944, à Le Caire, Égypte) était un administrateur colonial et homme politique français. Il est membre de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) jusqu’en septembre 1939, et franc-maçon. Il fut, d’une part, un grand humaniste noir mais, en même temps, un serviteur zélé de l’ordre colonial.
Son enfance
Félix Eboué est né le 26 décembre 1884, petit-fils d’esclave, à Cayenne. Il est le quatrième d’une famille de cinq frères. Son père Yves Urbain Eboué était orpailleur, d’abord sur le placer « Enfin » (Haute Mana), puis directeur-adjoint du placer « Dieu Merci ». Sa mère, Marie Joséphine Aurélie Leveillé, épicière originaire de Roura, remplaça les absences fréquentes et prolongées de son mari pour élever ses enfants. Madame Eboué possédait une connaissance pointue des traditions guyanaises en particulier des dolos (proverbes guyanais) qui émaillaient ses phrases.
Ses études
Après de brillantes études à Cayenne, il obtient en 1898 une bourse d’étude pour la France et part à Bordeaux au Lycée Michel Montaigne. Dans la capitale girondine, en complément de ses études, Félix Eboué s’adonne au sport et particulièrement au football, et devient capitaine de l’équipe du lycée, les « Muguets ». Avec celle-ci, il se déplace à Strasbourg, en Belgique et en Angleterre. Ces déplacements lui permettent d’étudier sur le vif le tempérament des joueurs et des habitants de la région. Les comptes rendus des journaux régionaux (Le Phare de la Loire, Le Populaire) enregistraient les succès de l’équipe bordelaise et rendaient avec détails, l’entrain et l’adresse d’un joueur noir de cette équipe auquel était due en grande partie la victoire. Sous les couleurs du Stade bordelais U.C. (SBUC) et du Sporting Club Universitaire de France (SCUF), il connaît les joies du stade. Il obtient à Bordeaux son baccalauréat ès lettres, puis part s’installer à Paris où il suivra des études de droit tout en suivant l’enseignement de l’École coloniale (où est formée l’élite des administrateurs de la France d’Outre-Mer). Il obtient en 1908 sa licence à la faculté de droit.
Sa carrière d’administrateur en Afrique équatoriale française (AEF)
Élève administrateur des colonies puis administrateur-adjoint Félix Eboué est affecté en 1910 en Afrique équatoriale française à Madagascar, puis en Oubangui. Il s’efforce d’apprendre les usages et coutumes de ses administrés, ce qui lui permet de mieux asseoir son administration. Ainsi, il fait publier en 1918 une étude sur les langues Sango, Banda et Mandjia.
Son approche de l’administration basée sur l’épanouissement des valeurs humaines et sociales dans un cadre de concertation et de respect des traditions africaines est très appréciée et il est nommé en 1927 chevalier de la Légion d’honneur sur la proposition du ministre de l’Instruction Publique.
Il passe vingt années de service en Afrique équatoriale française (AEF) qui lui permettront de donner sa mesure et de révéler ses grandes qualités d’administrateur.
Congés en Guyane
Durant trois congés successifs, Félix Eboué revint en Guyane retrouvant avec plaisir sa famille et ses amis et partageant avec eux souvenirs et expériences africaines. C’est ainsi qu’il fit découvrir l’écrivain René Maran, guyanais comme lui, adjoint des Affaires Civiles en AEF, qui en 1921 reçut le prix Goncourt pour son roman Batouala. Au cours d’un de ses congés en Guyane (1921), il épouse Eugénie Tell à Saint-Laurent-du-Maroni.
Sa mère meurt en 1926 rejoignant son père disparu des années auparavant.
Aux Antilles françaises
Félix Eboué est nommé secrétaire général en Martinique, de juillet 1933 à janvier 1934 pour remplacer le gouverneur titulaire parti en congé pour deux ans.
Après un passage au Soudan français, il est élevé au rang de gouverneur et nommé en Guadeloupe en 1936. C’est le premier noir à accéder à un grade aussi élevé. En Guadeloupe, il met en pratique son esprit de conciliation dans un contexte social troublé. À l’occasion de la remise solennelle des prix le 1er juillet 1937 au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre, il adresse à la jeunesse d’Outre-Mer son célèbre discours « Jouer le jeu » dont voici quelques extraits :
« Jouer le jeu, c’est être désintéressé
Jouer le jeu, c’est piétiner les préjugés, tous les préjugés et apprendre à baser l’échelle des valeurs sur les critères de l’esprit.
Jouer le jeu, c’est mépriser les intrigues et les cabales, ne jamais abdiquer, malgré les clameurs ou menaces, c’est poursuivre la route droite qu’on s’est tracée.
Jouer le jeu, c’est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s’imposent et faire un pied-de-nez aux pédants et aux attardés.
Jouer le jeu, c’est aimer les hommes, tous les hommes et se dire qu’ils sont tous bâtis sur une commune mesure humaine qui est faite de qualités et de défauts.
Jouer le jeu, c’est mériter notre libération et signifier la sainteté, la pureté de notre esprit… »
Pendant la Seconde Guerre mondiale
Devant la menace d’un futur conflit, il est nommé en 1938 gouverneur du Tchad, avec mission d’assurer la protection de la voie stratégique vers le Congo français ; il fait construire les routes qui devaient permettre en janvier 1943 à la colonne Leclerc de remonter rapidement à travers le Tibesti vers l’Afrique du Nord.
Dès le 18 juin 1940, Félix Éboué se déclare partisan du général de Gaulle, dont il a entendu l’appel à la radio. Le 26 août, à la mairie de Fort-Lamy, il proclame, avec le colonel Marchand, commandant militaire du territoire, le ralliement officiel du Tchad au général de Gaulle, donnant ainsi « le signal de redressement de l’empire tout entier» et une légitimité politique au général qui n’était jusqu’ici qu’un roi sans royaume. René Pleven, envoyé du général de Gaulle assistait à cette proclamation.

Le 15 octobre Félix Éboué reçoit de Gaulle à Fort-Lamy, qui va le nommer, le 12 novembre, gouverneur général de l’Afrique équatoriale française. Le 29 janvier 1941, il sera parmi les cinq premières personnes à recevoir du général de Gaulle la croix de l’Ordre de la Libération. Il transforme l’AEF en une véritable plaque tournante géostratégique d’où partent les premières forces armées de la France libre, conduites par les généraux de Larminat, Kœnig et Leclerc.
Résidant à Brazzaville, il organise une armée de 40 000 hommes et accélère la production de guerre où il peut enfin appliquer la « politique indigène » qu’il a eu le temps de mûrir au cours de sa longue carrière.
Sa « Politique indigène »
À l’exemple de Lyautey, il souhaitait que les autochtones puissent conserver leurs traditions et pensait que l’appui des chefs coutumiers était indispensable. Il combattit pour l’insertion de la bourgeoisie indigène dans la gestion locale. Il a consigné toutes ses idées dans son étude intitulée La Nouvelle Politique indigène pour l’Afrique équatoriale française.
La conférence des hauts dirigeants administratifs des territoires africains tenue à Brazzaville le 22 janvier 1944 retient la thèse d’Éboué sur l’assimilation. Il ne verra pas les réalisations issues de cette conférence, fatigué, il part se reposer en Égypte, après avoir séjourné en Syrie. Il meurt au Caire le 17 mai 1944 d’une congestion cérébrale. Entouré de sa femme, de sa fille et de son fils cadet.

Hommages rendus à Félix Eboué à travers le monde

À Paris

Masque mortuaire de Félix Éboué au Musée de l’Ordre de la Libération.
Léopold Sédar Senghor, que sa fille a épousé, lui a dédié un poème de son recueil « Hosties Noires », qu’il écrit à Paris en 1942.
En 1946, Jacques Soustelle, Ministre de la France d’Outre-Mer, en présence de Madame Eboué, de Gaston Monnerville, de G. Palewski représentant le général de Gaulle, inaugura, dans la cour d’honneur du Ministère de la France d’Outre-Mer, une plaque commémorative en l’honneur de Félix Eboué.
Sur l’initiative du Gouvernement, la promotion 1947 de l’École de la France d’Outre-Mer fut solennellement baptisée : « Promotion du Gouverneur Félix Eboué ».
En 1947, le Conseil Municipal de la ville de Paris décida de donner le nom de place Félix-Éboué à l’ancienne place Daumesnil.
La France, par la loi du 28 septembre 1948 ordonna que soient inhumés au Temple de l’Immortalité (Panthéon de Paris) les restes du Premier Résistant de la France d’Outre-Mer. La dépouille mortelle de Félix Éboué fut débarquée le 2 mai 1949 à Marseille qui lui fit un émouvant accueil. Le vendredi 20 mai 1949, il a été inhumé au Panthéon en compagnie de Victor Schœlcher.
Gaston Monnerville président du Conseil de la République rappellera à cet instant que « c’est (un) message d’humanité qui a guidé Félix Éboué, et nous tous, Résistants d’outre-mer, à l’heure où le fanatisme bestial menaçait d’éteindre les lumières de l’esprit et où, avec la France, risquait de sombrer la liberté »1. Cela a fait de lui la première personne noire à y reposer.
Il a de plus été décoré du titre de Compagnon de la Libération. De Gaulle l’a décrit comme « un de ces noirs ardemment français ».
Pour perpétuer, à l’intérieur de l’École de la France d’Outre-Mer le souvenir de l’élève-administrateur de 1908, le samedi 21 janvier 1950 en présence notamment de Gaston Monnerville, de Madame Éboué et de Madame Pavie (veuve du fondateur de l’École Coloniale en 1889), un marbre fut dévoilé où l’on lit cette inscription :
« À LA MÉMOIRE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL FÉLIX ÉBOUÉ, PREMIER RÉSISTANT DE LA FRANCE D’OUTRE-MER, NÉ À CAYENNE LE 26 DÉCEMBRE 1884, BREVETÉ DE L’ÉCOLE COLONIALE (1908), DÉCÉDÉ AU CAIRE LE 17 MAI 1944, TRANSFÉRÉ A L’ÉCOLE COLONIALE, PUIS AU PANTHÉON LE 20 MAI 1949 »
À Cayenne

Le 14 juillet 1944 eut lieu, l’attribution du nom de Félix Éboué à la rue Richelieu qui passe devant sa maison natale. La Guyane lui a dédié un lycée à Cayenne inauguré le 3 novembre 1944 dans le bâtiment même ou Éboué a débuté ses études au collège, une salle de la préfecture et lui a dédié un musée situé dans sa maison natale.
Le 13 mars 1946 fut inauguré sur la place des Palmistes à Cayenne une statue à son effigie. Les inscriptions qui figurent sous la statue de Félix Éboué sont d’André Malraux (d’après l’épitaphe de Simonide la bataille des Thermopyles (- 480)) :

« Étranger, va dire à Lacédémone que ceux qui sont morts ici sont tombés sous sa loi.

Passant, va dire aux Enfants de notre Pays :

De ce qui fut le visage désespéré de la France, les yeux de l’homme qui repose ici, n’ont jamais reflété que les traits du courage et de la liberté. »

À Brazzaville
La capitale du Congo et ancienne capitale de l’AEF conserve le souvenir de l’ancien Gouverneur Général:
• Statue de Félix Éboué par le sculpteur Jonchère, posée en 1957 devant le stade qui porte son nom.
• L’ancienne Avenue Félix Faure est devenue après la Guerre l’Avenue Félix Éboué (quartier de la Plaine).
• Le stade au rond point du quartier de Poto-Poto porte son nom.
• Au Palais du Peuple, ancien palais du Gouvernement Général et actuelle Présidence, a été reconstitué son bureau.
À Ndjamena
• Lycée Félix Éboué (public).

Texte rédigé par Gérard FAUGERE
Délégué de la Fondation de la France Libre
pour la Gironde

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