HISTORIQUE

Posté le 18 juillet 2010 par Maxime HOUMAIN dans Non classé

La France Libre

La France libre est l’organisation de résistance extérieure fondée à Londres par le général de Gaulle à la suite de son appel le 18 juin 1940. Les forces armées ralliées à la France libre furent appelées Forces françaises libres (FFL). À partir du 13 juillet 1942, la « France libre » fut renommée « France combattante » par le Comité national français pour marquer l’adhésion de la France libre et « des groupements qui à l’intérieur du pays participaient activement à la résistance ».
La France libre et son armée cessent officiellement d’exister le 1er août 1943, mais leur action continue avec le CFLN et l’armée de la Libération.

Histoire de la France libre

La formation de volontaires français
La France libre est issue du ralliement au général de Gaulle des Français qui veulent poursuivre la lutte contre l’Allemagne aux côtés des alliés britanniques. Dès le 18 juin, et dans la foulée de son appel à poursuivre la lutte, les ralliements sont d’abord individuels. Officiers, soldats, ou simples citoyens rallient ainsi Londres et de Gaulle. Dès le 28 juin 1940, Winston Churchill, Premier ministre britannique reconnaît le général de Gaulle comme le « chef des Français qui continuent la guerre ».
De nombreux militaires français se trouvent en Grande-Bretagne au début de l’été 1940, évacués de Dunkerque ou membres du corps expéditionnaire de Norvège, mais seulement une faible partie de ces forces ralliera la France libre, les autres rentrant en France ou en Afrique du Nord.
Par la suite, par l’accord des Chequers (damier/échiquier) du 7 août 1940, entre le Royaume-Uni et le général de Gaulle, le Royaume-Uni s’engagea à sauvegarder l’intégrité de toutes les possessions françaises et à restaurer intégralement l’indépendance et la grandeur de la France. Le gouvernement britannique s’engagea de plus à financer toutes les dépenses de la France libre, mais de Gaulle insista pour que ces sommes soient des avances remboursables et non des dons qui auraient jeté une ombre, aussi ténue soit-elle, sur l’indépendance de son organisation. Les sommes dites furent effectivement remboursées, et bien avant la fin de la guerre. Sur ces questions de principes, de Gaulle était intraitable.

Les ralliements de territoires
En juillet 1940, la France libre peut compter sur quelque 4500 hommes. Ses effectifs croissent notablement, en août-septembre 1940, à la suite du ralliement de plusieurs colonies africaines, océaniennes et asiatiques : Nouvelles-Hébrides (22 juillet), Tchad (26 août), Oubangui-Chari (31 août), Congo (28 août) et Cameroun français (27 août), Établissements français de l’Inde dits « Comptoirs de l’Inde » (7 septembre), Établissements français de l’Océanie (9 septembre) et Nouvelle-Calédonie (24 septembre). Ces ralliements confèrent, de plus, à la France libre une assise territoriale et donc une dimension étatique et non plus seulement militaire. En décembre 1940, les Forces françaises libres comptent 27 000 hommes, 24 navires et une centaine d’appareils de différents types.
Le 9 novembre 1940 le Gabon est conquis par la force des seuls FFL comme la Syrie et le Liban avec les Britanniques (juillet 1941). Ces derniers, après leur conquête de Madagascar, la rétrocéderont à la France libre (14 décembre 1942). De même, deux bataillons français — les futurs bataillons de marche nos 21-24 — rallient Djibouti à la France libre le 27 novembre 1942.
Les îles Saint-Pierre et Miquelon (24 décembre 1941), ainsi que Wallis-et-Futuna (2 mai 1942) et l’île de La Réunion (28 novembre 1942), seront ralliés par les FNFL.
Les combats
Les forces de la France libre sont désormais présentes sur plusieurs théâtres d’opérations aux côtés de leurs alliés britanniques : elles participent à la bataille aérienne d’Angleterre, lancent une expédition à Koufra, concourent à la conquête de l’Érythrée italienne, tandis que des marsouins du Bataillon d’Infanterie de Marine interviennent en Libye ainsi que leurs premiers parachutistes, sur les arrières des forces de l’Axe. Enfin les marins français libres prêtent la main à la Royal Navy.
C’est la 1re Brigade des Forces françaises libres (FFL) du général Kœnig qui, en retardant 14 jours Rommel à Bir Hakeim, a donné à la huitième armée britannique le temps de se replier et de se reformer sur la ligne fortifiée d’El Alamein, où l’Afrika Korps a été stoppée sur la route de Suez.
L’établissement d’une autorité gouvernementale
Le général de Gaulle est le chef de la France libre et son autorité est rarement mise en cause. Toutefois il met rapidement en place des institutions montrant que la France libre n’est pas uniquement dirigée par un pouvoir personnel. Avec René Cassin, il établit des bases juridiques qui sont concrétisées par la publication d’un Bulletin officiel des Forces françaises libres qui paraît le 15 août 1940. C’est ensuite dans un Journal officiel de la France libre que chaque mois à partir de janvier 1941, sont publiés les lois et décrets organisant la France libre.
Après l’expédition manquée de Dakar, de Gaulle se rend, avec une partie de ses troupes, en Afrique équatoriale française (AEF).
Par ordonnance du 27 octobre 1940 est créé un Conseil de défense de l’Empire dont les premiers membres sont le général Catroux, le vice-amiral Muselier, le général de Larminat, le gouverneur Éboué, le gouverneur Sautot, le médecin général Cisé, le professeur Cassin, le capitaine de vaisseau d’Argenlieu et le colonel Leclerc.
Ce conseil sera consulté régulièrement malgré les difficultés dues à l’éloignement, notamment avant les affrontements franco-français en Syrie.
Le 30 octobre (jour où le maréchal Pétain appelle ouvertement à la collaboration, à la radio de Vichy), de Gaulle institue par ordonnance le « Conseil de défense de l’Empire », composé des différents chefs de territoires ralliés à la France libre.
Le Gabon est alors occupé par les Forces française libres (FFL), du 9 au 11 novembre 1941, de sorte que le bloc AEF-Cameroun est réunifié au sein de la France libre.
Le 16 novembre, de Gaulle publie dans le Journal Officiel de la France libre, à Brazzaville (qui en est devenue la capitale officielle), une « Déclaration organique » officielle, contestant la constitutionnalité et la légitimité du Régime de Vichy, suivie de plusieurs ordonnances et décrets invalidant les lois d’exclusion de Pétain. Ce faisant, il irrita Churchill, qui, ne perdant pas complètement l’espoir de s’entendre avec Pétain, vit d’un mauvais œil s’ériger un nouveau pouvoir français dépassant largement le cadre de la Légion de volontaires initiale.
À la suite de la Charte de l’Atlantique, adoptée le 14 août 1941 par Churchill et Roosevelt et proclamant le principe d’autodétermination des peuples, de Gaulle les prit au mot et créa enfin à Londres un véritable gouvernement de la France libre, sous le nom de Comité national français le 24 septembre 1941.

L’organisation militaire de la France libre
Insigne du Bataillon de Marche no 2 de l’Oubangui-Chari (Afrique équatoriale française), embarqué à Pointe Noire pour participer à la Brigade d’Orient.
(BM no 3 du Tchad, BM no 5 du Cameroun)
Les forces armées ralliées à la France libre ou créées par elle avaient été appelées Forces françaises libres (FFL). Leur emblème était la croix de Lorraine. On distinguait à l’intérieur des FFL, les Forces aériennes françaises libres (FAFL) et les Forces navales françaises libres (FNFL). De plus, on peut signaler l’existence, dès 1940, d’un authentique service d’espionnage et de sabotage, le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), qui, sous les ordres du colonel Passy (Dewawrin), avait établi très tôt des réseaux clandestins en France.
L’enlisement du gouvernement de Vichy dans la « collaboration »
Le gouvernement de Vichy se lança ouvertement dans la « collaboration » dès octobre 1940, sous l’égide du maréchal Philippe Pétain (et non de Pierre Laval, comme on le croit généralement). La « collaboration » préconisée par Pétain exhortait à un dépassement par les Français de leurs obligations découlant des Conventions d’Armistice (dont l’exécution inévitable allait de soi), pour accéder à un statut d’alliance avec l’Allemagne.
Pourtant, comme la paix n’avait pas été conclue préalablement, avec comme corollaire la libération des prisonniers, l’Allemagne restait l’ennemi. Par conséquent la collaboration avec l’ennemi proclamée par Pétain constituait une trahison, au sens de l’article 75 du code pénal de l’époque.
Voici quelques dates marquant les débuts de la collaboration, tant dans le principe, que dans les actes :
• 24 octobre 1940 : entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler, et annonce de la « Collaboration » pour accélérer la défaite britannique.
• 30 octobre 1940 : discours de Pétain appelant à la collaboration.
• 6 mai 1941 : ordres de l’amiral François Darlan et de Pétain au général Henri Dentz d’accueillir en Syrie les avions allemands et de délivrer des stocks d’armes français aux Irakiens combattant les Britanniques
• 9 mai 1941 : atterrissage à Damas des premiers appareils allemands.
• 13 mai 1941 : 1re livraison de 300 tonnes d’armes par l’armée du Levant aux Irakiens combattant l’armée britannique.
• 28 mai 1941 : signature des protocoles de Paris par Darlan accordant à l’Allemagne des bases en Syrie (Alep), en Tunisie (Bizerte) et au Sénégal (Dakar). L’accord sur Alep était entré en vigueur par anticipation, avec, pour conséquence, les bombardements allemands en Irak, la riposte anglo-gaulliste et la désastreuse campagne de Syrie, où l’armée vichyste se battit littéralement « pour le roi de Prusse ».
La « collaboration » n’en allait pas moins s’aggraver par la suite.
Le renforcement du Comité français de Londres
Outre les militaires et autres volontaires, des intellectuels, comme Maurice Schumann, René Cassin et Jacques Soustelle, avaient également rejoint Londres. Citons ici pour l’exemple l’humoriste Pierre Dac qui pratiqua son art sur les antennes de la BBC. Ce ralliement d’un nombre appréciable de civils avait contribué à encourager de Gaulle à constituer à la tête de la France libre un véritable organisme politique avec pour objectif de se faire reconnaître comme un gouvernement en exil. Il avait pourtant fallu attendre le 24 septembre 1941 pour voir émerger le Comité national français, qui fit réellement fonction de gouvernement de la France libre.
Le 13 juillet 1942, le terme de « France combattante » fut adopté à la place de « France libre », pour bien marquer le fait que la France libre est aussi partie prenante dans la Résistance intérieure, notamment avec les réseaux du BCRA qui prennent le nom de Forces françaises combattantes (FFC). Par contre les FFL ne changent pas de nom.
L’intervention alliée en Afrique du Nord, et ses suites
Lors du débarquement allié en Afrique du nord effectué sans le concours du général de Gaulle, mis à l’écart par Roosevelt et Churchill qui lui préfèrent le général Giraud, 400 volontaires civils arrêtèrent Juin et Darlan et neutralisèrent pendant 15 heures le XIXème corps d’Armée vichyste, par leur putsch du 8 novembre 1942. Si bien que les Alliés purent débarquer et encercler Alger sans opposition, avant d’obtenir le soir même la capitulation de cette ville avec son port intact. Quant à Juin et Darlan, désormais entre les mains des alliés, ils finirent, sous la pression et les menaces du général Clark, par ordonner le cessez-le-feu à Oran et au Maroc, le 10 novembre, après trois jours de combats sanglants.
Darlan forma alors à Alger, sous le nom de « Haut Commissariat de France en Afrique », un nouveau gouvernement vichyste, rival du Comité national de Londres, qui maintient en vigueur en AFN et AOF les lois vichystes d’inspiration hitlérienne, et les détenus politiques de Vichy dans leurs camps de concentration du Sud.
Mais, quelques semaines après, Darlan fut abattu par Bonnier de La Chapelle (fusillé deux jours plus tard). Giraud lui succéda alors, et maintint à son tour toutes les lois et mesures vichystes en vigueur.
Cependant, comme, à la différence de Darlan, Giraud, bien que vichyste, n’avait pas collaboré, l’union entre les autorités de Londres et Alger devint possible et des négociations difficiles furent mises en route, à cet effet, sous la pression de Roosevelt et Churchill, après la conférence de Casablanca de janvier 1943, dénommée aussi « conférence d’Anfa ».
La fusion
Finalement, le 3 juin 1943, le Comité national français de Londres et le Commandement civil et militaire d’Alger fusionnèrent, sous la coprésidence des généraux de Gaulle et Giraud, dans le Comité français de la Libération nationale (CFLN), installé à Alger.
La clôture des engagements au sein des Forces françaises libres (FFL) eut donc lieu le 31 juillet 1943 puisque celles ci n’existaient plus. Le terme Forces françaises libres (FFL) est toutefois souvent utilisé à tort pour désigner l’armée française de la Libération.
La 2e division blindée de Leclerc et la 1re Armée française de de Lattre – au sein de laquelle opérait la 1ère division française libre – furent deux des fleurons issus de la fusion de l’armée de la France libre avec celle d’Afrique, après la libération de l’Afrique du Nord et la campagne de Tunisie. Si certains Américains furent condescendants sur les opérations militaires menées par les forces françaises, entre 1940 et 1945, les Britanniques en furent bien plus respectueux, surtout après les exploits des Français libres à Bir Hakeim. Par ailleurs, l’action décisive menée par le corps expéditionnaire français en Italie (auquel appartenait la 1ère DFL), sous les ordres de Juin, contribua à réévaluer la valeur des Français aux yeux des Américains.
Si les Britanniques respectèrent sans difficulté, sauf au Levant, leur parole de restaurer la grandeur de la France, les Alliés de la deuxième heure comme les Soviétiques et les Américains, n’eurent pas le même souci, ni la même perception de la « France libre » du général de Gaulle. Même si les Russes ont gardé un souvenir bienveillant pour les Français libres de l’escadrille Normandie-Niémen, qui se distingua sur le front russe entre 1943 et 1945. Par ailleurs, les relations entre Staline et de Gaulle furent, en apparence, moins houleuses que celles qui opposèrent Roosevelt au chef de la France libre.
L’après guerre
Après la guerre, les Français libres se sont regroupés dans l’Association des Français libres ayant une vocation d’entr’aide et éditant la Revue de la France libre.
Le 18 juin 2000, l’association est dissoute. Depuis cette date, elle est relayée par la Fondation de la France libre, présidée actuellement par Monsieur Yves Guéna, et ouverte à tous.

Rédigé par Gérard FAUGERE
Délégué de La Fondation de la France Libre
pour la Gironde

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